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«Nonsense» : le mot revient à deux reprises dans cette newsletter, à la fois pour qualifier l'adaptation en long métrage des vidéos virales Between Two Ferns par Netflix, et la dernière réussite du dessinateur Fabcaro, la BD Formica. L'absurde fédère, en cela qu'il permet d'éviter les sujets qui fâchent. La série Brassic, diffusée sur Canal +, glorification de la communauté dans l'Angleterre rurale, semble elle travaillée tout du long par le Brexit, mais ne l'utilise que comme motif. Quand un paysan commence à déblatérer sur la supposée supériorité des camionnettes anglaises sur les européennes, il se fait couper par le personnage principal : «J'ai d'autres choses à foutre !»

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Une reco de film sorti récemment.
Photo Adam Rose/NETFLIX
Between Two Ferns : The Movie
De Scott Aukerman, avec Zach Galifianakis. Durée: 1h23. Sorti le 20 septembre sur Netflix.

Deux fougères, et Zach Galifianakis au milieu qui pose des questions embarrassantes au tout-Hollywood venu démontrer son sens de l’autodérision : depuis 2008, Between Two Ferns est une institution en ligne. Cette adaptation en long métrage, entre making-of, road trip et faux documentaire, voit Galifianakis incarner un présentateur TV de Caroline du Nord, risée d’Internet depuis dix ans. Après avoir failli tuer Matthew McConaughey, il est contraint par son patron Will Ferrell (en version tyrannique et cocaïnée de lui-même) d’aller interviewer dix célébrités en deux semaines. La trame du film, artificielle, apparaît assez rapidement comme une excuse pour relier les séquences d’interviews des stars d’Hollywood, parmi lesquelles David Letterman, Paul Rudd, Brie Larson ou Keanu Reeves.

Tout le sel comique de Between Two Ferns tient dans les questions souvent inappropriées de Galifianakis, et dans la dynamique passive-agressive qu’il entretient avec son invité. Ici, on est servi : à Paul Rudd, il demande ainsi «Quel conseil donneriez-vous à un jeune acteur pour cacher sa judéité aussi bien que vous ?» A Jon Hamm, le Don Draper de Mad Men : «Bradley Cooper a coécrit, produit, réalisé et joué dans A Star is Born. Est-ce que vous espérez que ça ouvre des portes à d’autres idiots canons ?» A chaque fois, l’intervieweur s'autorise toutes les moqueries (jusqu’au physique), mêlant malaise, méchanceté gratuite voire pure idiotie.

Le scénario, largement improvisé au tournage, avait pour référence Spinal Tap. On est loin du miracle de comédie qu’était le faux documentaire heavy metal de Rob Reiner, même si l’histoire gentiment surréaliste de Between Two Ferns, qui se voudrait aussi un discours sur l’inanité de la recherche de la célébrité, dérive vers la fin dans un grand délire nonsensique. Paradoxalement, le point culminant du film pourrait être son générique : un bêtisier de toutes les questions coupées au montage, comme celle-ci, posée à Brie Larson : «Vos parents ont divorcé quand vous aviez 7 ans. Est-ce que c’était de votre faute ?» 

A lire en version longue sur le site de Libération.

Une sélection des meilleurs articles sur la comédie parus dernièrement.

Fleabag. Couronnée reine des Emmy Awards avec six statuettes pour Fleabag, Phoebe Waller-Bridge a dans la foulée annoncé un accord avec Amazon pour produire des programmes exclusifs pour les trois prochaines années.

Droit d'auteur. «Je veux que tu mettes des paillettes dans ma vie !» va devenir une marque déposée. La punchline d’Inès Reg, devenue virale après une vidéo postée en août sur Instagram, a été reprise par la communication de grandes marques comme Kiabi, Intermarché ou McDonald’s, et vendue sur des t-shirts sans l’accord de l’intéressée. Du côté de l’humoriste, on assure qu’il s’agit de protéger la création et non pas d’une démarche mercantile.

Plagiat. Questionné par des lecteurs du Parisien, Gad Elmaleh a dû revenir sur les accusations de plagiat révélées par la chaîne Youtube CopyComic en janvier. L’humoriste reconnaît pour la première fois s’être inspiré «des techniques de vannes, des chutes, des punchlines» de comiques américains qu’il admire. «Je ne le referais pas, mais je ne le regrette pas» assume Gad Elmaleh, qui qualifie la méthode de CopyComic, de «délation anonyme», une formule condamnée par l’avocat du Youtubeur.

SNL. On en parlait dans la dernière newsletter : Shane Gillis, nouvelle recrue du Saturday Night Live, épinglé pour des propos racistes et homophobes, a finalement été évincé du casting de la nouvelle saison. Pour Variety, son recrutement, loin d'être hasardeux, tenait à son profil pouvant plaire à une audience conservatrice, SNL étant régulièrement accusé de faire dans la «propagande libérale».

Anniversaire. Le 22 septembre, on fêtait le 25e anniversaire de la première diffusion de Friends, dont le succès aurait détruit le genre de la sitcom d'après Vox, ayant engendré de multiples rejetons tentant de reproduire la même formule.

Top. On n'est qu'en 2019 mais le Guardian a tout de même dégainé un Top 50 des humoristes du 21e Siècle.

Une reco de série diffusée en ce moment.
Brassic
De et avec Joe Gilgun. Diffusée sur Canal + depuis le 19 septembre. 6x45 minutes.

Co-créée par Joe Gilgun (vu notamment dans This is England), qui y tient également le rôle principal, Brassic («fauché» en argot cockney) est une dramédie qui suit une bande de «lads» désargentés et leurs petits larcins qui deviennent de grosses embrouilles, dans la campagne du nord de l'Angleterre. Se rêvant en hymne à l'amitié masculine, voyou et prolo, entre Snatch et Trainspotting, la série, beau succès outre-Manche (1,6 million de téléspectateurs pour le premier épisode sur Sky One), reste attachante de maladresse, faisant défiler une galerie de personnages excentriques et de situations rocambolesques pour redonner de la chaleur à une ruralité anglaise trop souvent filmée dans sa désolation.

Brassic, qui doit beaucoup au succès de Shameless (avec qui elle partage un scénariste) quinze ans plus tôt, culmine dans un épisode 5 en huis-clos dans une ferme à beuh, où l'on retrouve notamment un Dominic West (The Wire) hilarant en psy impudique. Mais la série, qui a du cœur à défaut d'originalité, vaut surtout pour Joe Gilgun, antihéros bipolaire et cartoonesque, au charme de chat de gouttière.

The Comedy Central Roast of Alec Baldwin
Diffusé sur Comedy Central le 15 septembre.
Une reco de BD sortie récemment.
Formica, une tragédie en trois actes
De Fabcaro. Editions 6 pieds sous terre. Sorti le 19 septembre.

«De quoi on pourrait parler ?» La colossale interrogation suspendue au-dessus de tout repas de famille est le point de départ de la dernière BD de Fabcaro, le dessinateur héraultais qui n'en finit plus d'être célébré (pas moins de trois adaptations de ses œuvres, au cinéma ou à la télé, sont en cours). Comme souvent chez lui, l'angoisse mène à l'absurde. Dans Zaï zaï zaï zaï, l'oubli d'une carte de fidélité à la caisse du supermarché faisait du héros un criminel. Ici, le mécanisme de la peur du vide se répète. C'est à chaque fois le pire qui se produit dans la soixantaine de pages de Formica : on appelle les voisins pour trouver un sujet de discussion, ou on déprime de ne pas être au niveau dans les remarques racistes. Une merveille de nonsense.

Pour aller plus loin : Fabcaro était l'invité du Réveil culturel de France Culture, à écouter en podcast ici.

Le meilleur de l'humour en baladodiffusion de ces deux dernières semaines.
The Gist (Slate). 16 septembre.
Comedy Week : Stand-Up Comedy.
Pendant toute une semaine ce podcast de Slate questionne l'état de l'humour aux Etats-Unis. Premier épisode sur le stand-up en compagnie notamment d'Aparna Nancherla et Hari Kondabolu qui s'interroge sur la sensibilité du public face à la discipline.
Durée : 38 minutes. Podcast en anglais.

Comedy Bang Bang (Earwolf). 22 septembre.
Burbank is The Good Place.
Scott Aukerman reçoit la comédienne D’Arcy Carden pour la sortie de la quatrième et dernière saison de The Good Place (sur Netflix en France), et évoquer, entre autres digressions, son personnage de Janet, devenu emblématique au fil des épisodes. 
Durée : 1h53. Podcast en anglais.

Le Rayon BD (France Culture). 29 septembre.
Le cul entre deux cases.
La nouvelle émission BD de France Culture accueille Zep et Aude Picault, auteurs chacun d’une BD érotique parue à la rentrée : l’engagé Déesse pour Aude Picault (dans la collection BD Cul) et les gags de Happy Sex 2 pour Zep, deux manières d’aborder l’érotisme et la sexualité avec humour.
Durée : 29 mn.
HAHA
Une newsletter rédigée par Adrien Franque et Clément Mathis.
Logo et illustration : Pierre Thyss.
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