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Cette semaine, pour l’avant dernier numéro d’une année 2020 qui tarde à se terminer, HAHA se penche sur le cas Norman, qui sort son «spectacle de la maturité», sur l’humour pied-noir de Robert Castel, disparu la semaine dernière, sur Mustapha El Atrassi solitaire et déprimé. Pas très réjouissant, direz-vous ? Très bien, on vous propose alors le one man show délirant de Natalie «Nate» Palamides ou le stand-up rafraîchissant de l'Islandais Ari Eldjárn. C'est mieux comme ça ? Bonne lecture !

Des avis, des recommandations ? Ecrivez-nous à l'adresse revuehaha@gmail.com.

Tout le monde ne parle que de ça

Capture d'écran Prime Video

NORMAN
Le spectacle de la maturité
Durée :  57 mn. Diffusé le 4 décembre sur Prime Video.

Cela fait dix ans, depuis ses premières blagues sur son club de ping pong ou sa jalousie des bilingues, que Norman fait des vidéos. Mais Norman fait aussi du stand-up, depuis quelques temps déjà. On l'aurait presque oublié. Ce deuxième spectacle, plus ou moins ironiquement intitulé Le spectacle de la maturité, est là pour nous le rappeler. Et pour répondre dans le même temps à une question : à quoi sert Norman en 2020 ?

Dès les premières minutes, on se dit : pas à nous faire rire en tout cas. Assez mal à l'aise avec l'espace, Norman adopte en plus une étrange diction de slammeur fébrile, avec des vannes de trentenaire friqué désagréable qui essaierait de rester à la mode en plaçant les mots-clés «Fortnite» ou «TikTok». Comme pour nous convaincre qu'il mérite notre attention, sa personnalité scénique consiste surtout à nous rappeler son nombre d'abonnés sur ses différentes plateformes. Blagues sur la superficialité d'Instagram, sur les paroles d'Aya Nakamura, sur James Bond incarné par une femme noire... Norman est-il si vieux ? Ou est-ce l'œuvre de ses co-auteurs Kader Aoun et Mathieu Madénian ?

Tout cela est en plus très inoffensif, sauf, bizarrement, quand il s'attaque gratuitement aux dyslexiques («Je vous jure, ces gens-là ne savent pas écrire»). Voire quand, l'espace d'un instant, il se mue en humoriste identitaire blanc : «On en parle de plus en plus du privilège blanc. A cause de tous les jaloux qui voudraient bien être à notre place.» Des dérapages qui ont au moins le mérite d'être surprenants, aussi rehaussés vers la fin par des sketchs plus personnels sur le célibat de son père ou sa vie de couple et sa paternité : rien de très original, mais c'est au moins autre chose que les sempiternelles vannes sur les chats. Finalement, et c'est là qu'est tout le problème, on a moins droit au spectacle d'un artiste qu'à celui d'un influenceur. Une mention spéciale tout de même : à Jérôme Commandeur, hilarant dans un sketch d'intro plutôt réussi.
 

Les meilleurs articles sur la comédie parus dernièrement

Gauloiserie. L'éternel bastion de la gauloiserie qu'est l’émission de RTL Les Grosses Têtes fait l'objet d'une étude menée par l'Association des journalistes LGBTI comptabilisant les propos sexistes, racistes, homophobes, que tiendraient Laurent Ruquier et sa bande sous couvert d’humour potache. Pas une franche découverte donc, mais elle s'accompagne d'une interview intéressante de la chercheuse Nelly Quemener qui questionne ce mécanisme insidieux de «faire de l’humour» sur le dos des minorités.

Lasso in Paris. The Atlantic analyse en parallèle deux séries sorties cet été, Ted Lasso (voir HAHA #70) et Emily in Paris, qui racontent plus ou moins la même chose : quelle image de l'Américain, aujourd'hui en pleine crise identitaire, quand il est expatrié ? Au bout, deux réponses très différentes, entre l’assurance arrogante d’Emily à Paris et la bonhomie pleine de curiosité de Ted à Londres.

Broute. Le Monde est allé à la rencontre de l’humoriste Bertrand Usclat, créateur et interprète des pastilles parodiques Broute diffusées à l'origine sur YouTube, puis sur Canal + depuis l'an dernier. Ce qui n’a pas altéré sa liberté de création, à une exception près : désormais, «interdiction de critiquer CNews». Détail intriguant, ce court passage a disparu de l’article quelques heures après sa mise en ligne, un «rétropédalage» du Monde, selon Arrêts sur Images, pour ne pas mettre le comédien dans l'embarras après l'affaire Sébastien Thoen.

Haroun. Télérama s’intéresse au modèle économique novateur mis en place par l’humoriste Haroun sur son site Pasquinade et son «chapeau virtuel» pour rémunérer les artistes, tandis que France Info discute Cyrano de Bergerac avec lui : «On peut perdre avec panache, affirme Haroun. Ne pas toujours réussir, ça fait partie du spectacle».

Visiteurs. L’historien Julien Maelström s'est fait une spécialité de pointer (avec humour) les incohérences des films d’époque sur son compte Instagram. Dans sa dernière story, il s’attaque aux Visiteurs, s’étonnant qu’un manant comme Jacquouille soit au service d’un chevalier de la trempe de Godefroy de Montmirail : «un peu comme choisir Greg le Millionnaire pour assister un.e ministre de la Défense».
 

RIP, l'humoriste !

Photo Studio Canal

ROBERT CASTEL
Acteur français. Mort le 5 décembre à 87 ans.

«J’ai failli être un génie. Cela ne s’est pas fait», écrivait Robert Cassel dans son autobiographie. L’acteur est mort le 5 décembre 2020 à l’âge de 87 ans. D’abord humoriste dans son Algérie natale, puis à Paris après l’indépendance en 1962 où il forme un duo comique avec son épouse, Lucette Sahuquet, Castel se fait connaître sur scène, au théâtre et dans des sketchs avec le chanteur Enrico Macias, pied-noir comme lui.

Commence alors sa carrière d’acteur, principalement des seconds rôles comiques, notamment aux côtés de Pierre Richard dans Le Grand Blond avec une chaussure noire, ou Je suis timide mais je me soigne. Il restera comme l’un des représentants de l’humour pied-noir, cliché de personnage «baratineur et rusé, nerveux et plaintif», comme le résume le Monde dans sa nécrologie.
 

Une vanne, une seule

MUSTAPHA EL ATRASSI
La vie est folle
Sorti le 2 décembre. Durée : 21 minutes.

Filmé en gros plan, le cadre tremblant, Mustapha El Atrassi parle. On ne sait jamais tout à fait à qui il s’adresse dans ce court métrage étrange : son banquier, son psy peut-être, sa mère. Tout le monde, excepté l’humoriste, est hors champ. Lui semble aussi seul que sur scène, raconte ses angoisses («arriver aux toilettes et me trouver déjà assis là bas») ou son mépris pour le reste du stand-up français. Personne ne le fait rire, «à part Poelvoorde» : le Belge comme un alter ego pour ce portrait d’humoriste en dépression.

Un spectacle à voir en ce moment

Photo Netflix

NATALIE PALAMIDES
Nate
Durée : 1h. Diffusé le 1er décembre sur Netflix.

Œil au beurre noir, moustache fournie et torse poilu, Nate est une caricature d'homme macho. Nate est surtout une création de l'humoriste californienne Natalie Palamides, qui a connu un certain succès au renommé festival d'Edimbourg. Un numéro de clown moderne qui tourne autour des thèmes très actuels de la masculinité et du consentement, mais sans jamais être professoral, bien au contraire.

C'est surtout de malaise qu'est fait ce one wo·man show : sur un canevas tissé au gré d'impro et d'interactions avec le public, ce spectacle au fil narratif très (voire, parfois, un peu trop) délié joue beaucoup sur les abîmes de gêne que peut provoquer le contact humain. Combat de lutte torse nu ou séchage en sortie de douche, les spectateurs sont mis à contribution : si, avec cette captation, on perd l'exaltation que doit provoquer cette performance en live, on y perçoit tout de même toute l'intrépidité comique de Natalie Palamides, sous influence Andy Kaufman.
 

Une vanne, une seule

ARI ELDJARN
Pardon My Icelandic
Durée : 54 mn. Diffusé le 2 décembre sur Netflix.

Le meilleur de l'humour en baladodiffusion

AFFAIRES SENSIBLES
Coluche : «C’est l’histoire d’un mec» qui se présente.
A l’occasion des hommages à Valéry Giscard d’Estaing, Affaires sensibles s’autorisait une rediffusion pertinente : la folle aventure de Coluche candidat à la présidentielle 1981 et sa campagne dirigée d’abord contre Giscard, que l’humoriste voyait comme un despote : «J'ai peur que le régime de Giscard soit appelé à prendre de l'ampleur et que tout le monde crie "Vive l'ampleur !"».
Sorti le 3 décembre. Durée : 54 minutes.

PROGRAMME B
Jim tout-puissant.
«Qui est Jim Carrey ?», se demande le présentateur Thomas Rozec en compagnie d'Adrien Dénouette, auteur de Jim Carrey, l'Amérique démasquée (voir HAHA #76). Une introduction passionnante à son essai sorti début décembre, revenant sur les différentes facettes de l'acteur de The Mask.
Sorti le 1er décembre. Durée : 20 mn.

LE REVEIL CULTUREL
Bill Murray, le plus sartrien des comédiens américains.
Comment Bill Murray est-il devenu une icône de pop culture et le symbole de l’ironie de notre époque? Le journaliste Yal Sadat, auteur d’un essai sur l’acteur, est l’invité de France Culture et détaille notamment les rapports de Murray avec la France, Coluche et la méditation sartrienne en tête.
Sorti le 9 décembre. Durée : 22 mn.

ET POUR FINIR...

Jean Meyrand, Misou-Mizou, Zeitoun d'Objectif Nul... Mort il y a 31 ans, le 8 décembre 1989, Bruno Carette (des Nuls, faut-il le rappeler) a droit à une vidéo best-of d'une heure concoctée par Nos Années Canal.
 
HAHA
Une newsletter rédigée par Adrien Franque et Clément Mathis
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Illustration : Pierre Thyss

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